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Être mère après 40 ans
Les grossesses tardives ont triplé entre 1980 et 2004. Elles n'en sont pas moins considérées avec suspicion par l'opinion publique. Ne sont-elles que caprice de femmes égoïstes ? Représentent-elles un risque pour le bébé et sa maman ? Réflexions sur quelques idées qui courent.
Pourquoi avoir attendu 40 ans
« Je suis surprise que l'on s'étonne de ce décalage ou qu'on puisse même, plus ou moins implicitement, le reprocher aux femmes ! » note Michèle Ferrand, sociologue au CNRS et à l'Ined (1). « Comment pourrait-il en être autrement, alors qu'on pousse les jeunes filles à faire des études – actuellement 59 % poursuivent un cursus après le bac – et qu'ensuite, l'entreprise pénalise la carrière de celles qui deviennent mères ? Pour tout mener de front, les femmes n'ont d'autres choix que de différer leur grossesse », analyse la spécialiste.
« Pourquoi serait-il suspect de laisser mûrir son désir d'enfant, de décider d'une grossesse seulement quand on se sent prête pour cela ? » s'interroge Myriam Szejer, psychanalyste (2). « Ces mamans de 40 ans et plus sont souvent de très bonnes mères. Elles ont vécu ce qu'elles voulaient vivre et ne se sentent pas dérangées par ce bébé qui réclame énormément de temps et de soins. Comme peuvent l'être parfois de plus jeunes femmes qui n'ont pas eu le temps de réaliser leurs rêves », remarque la spécialiste.
D'autres femmes ont moins besoin de se réaliser d'un point de vue personnel que de prendre le temps d'installer un contexte matériel agréable pour accueillir au mieux leur enfant, ou d'atteindre un certain statut social.
Pour d'autres encore, leur éventuelle maternité est soumise au difficile choix du conjoint : l'aimer ne suffit pas, il faut aussi qu'il soit jugé apte à être un bon père.
Les risques médicaux pour la mère
Une femme se met-elle réellement en danger quand elle mène une grossesse après 40 ans ? « Il faut absolument se garder de dramatiser et de colporter l'idée que les grossesses tardives sont une folie », affirme le Pr Michel Tournaire, chef du service gynécologie de l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul, à Paris (3). « Avoir un enfant tard est un acte très bien contrôlé médicalement. Il est tout à fait vrai que l'hypertension, le diabète, les fibromes, les phlébites, les problèmes d'hémorragie du fait d'un utérus qui fonctionne moins bien augmentent, passé 35 ans. Mais ces grossesses sont si suivies qu'elles ne présentent pas plus de risques que les grossesses menées plus tôt », explique le médecin.
Ces propos ne doivent pourtant pas occulter des chiffres qui le sont moins, particulièrement ceux de la mortalité maternelle. Le risque de décès de la mère pendant l'accouchement qui, en moyenne, est de 1 pour 10 000 naissances, s'élève à 1 sur 3 000 entre 40 et 44 ans. Une donnée à méditer avec soi-même. « Je sais bien que notre société veut gommer tout risque. Mais donner la vie, c'est prendre un risque pour soi et pour son enfant », remarque Myriam Szejer.
Les risques de malformation pour l'enfant
« En dehors de la trisomie 21, dont le risque théorique augmente avec l'âge de la mère – passant de 1 naissance sur 900 à 30 ans, à 1 sur 110 à 40 ans –, la fréquence des autres malformations ne varie pas avec l'âge », insiste le Pr Tournaire.
Les naissances d'enfants atteints de trisomie sont moins fréquentes chez les mamans de plus de 38 ans que chez les plus jeunes. Et pour cause ! C'est à partir de cet âge que l'amniocentèse – examen permettant d'établir le caryotype du bébé, et donc de détecter de manière certaine une anomalie chromosomique – est remboursée par la Sécurité sociale, et donc systématiquement proposée. En possession d'un résultat leur indiquant, par exemple, la trisomie de leur enfant à naître, la majorité des parents optent pour une interruption thérapeutique de grossesse.
Tacitement accepté par la société, cet eugénisme de fait n'est pas sans poser question, ni sans placer les couples dans une position difficile, dont ils ne prennent pas forcément la mesure à l'avance. « Quand on décide d'avoir un enfant tard, il faut intégrer dans son projet que l'on pourra se retrouver face à une décision éthique et personnelle lourde à prendre », prévient le Pr Tournaire.
Claudine Philippot est l'une des permanentes d'Agapa (4), service qui dépend de la Pastorale du diocèse de Paris et qui propose un accompagnement aux femmes ayant subi un avortement. « Nous rencontrons régulièrement des femmes qui ont été tétanisées par leurs peurs, qu'il s'agisse de la peur de ne pas être capable d'éduquer cet enfant ou du regard des autres, constate Claudine Philippot. Elles ont le sentiment d'avoir pris la décision d'avorter dans l'urgence, sans avoir pu faire face à la pression de la médecine et de la société tout entière qui n'accueille pas les handicapés. C'est souvent après-coup seulement qu'elles prennent conscience de ce qui leur est arrivé. Pour nous, ce sont des femmes en souffrance et nous ne portons pas de jugement. »
La différence d'âge, un fossé ?
Parviendra-t-on à rester dans le coup, à comprendre les préoccupations d'un enfant, puis d'un adolescent de 40 ou de 45 ans de moins que nous ? Et notre enfant ne va-t-il pas avoir honte de nous ? Beaucoup de parents se posent ces angoissantes questions... qui ne semblent pas alarmer outre mesure la psychanalyste Myriam Szejer.
« Un petit enfant ne s'encombre pas de ce genre de préoccupations. Pour lui, sa maman est la plus belle au monde, en dépit de ses éventuelles rides et même si ses copains de classe lui demandent si c'est sa grand-mère ! Quant à l'adolescent, à un moment ou un autre, il considérera forcément ses parents comme des “vieux”, qu'ils aient 40 ou 60 ans ! Quel que soit leur âge, il doit les pousser sur la marche générationnelle suivante pour prendre leur place et devenir adulte », explique-t-elle.
Avoir un enfant tard peut parfois constituer une véritable cure de jouvence ! « J'ai 48 ans et un fils de 7 ans », explique Christine, maman de Noé. « Pour éviter un jour de me sentir vieille dans mon rôle de maman, je me force à m'entretenir, à faire du sport, à rester mince, à m'intéresser à des tas de choses. Je me suis remise au ski pour Noé, pour partager ce plaisir avec lui. Franchement, je ne me sens pas décalée par rapport aux mères qui ont quinze ou vingt ans de moins que moi. Souvent, je constate même que je suis plus patiente, que j'arrive à prendre plus de recul quand je rencontre un problème éducatif », constate-t-elle. Le privilège de l'âge, sans doute !
Certains psychologues alertent les mamans quadras sur le piège de la « mère parfaite ». Parce que cet enfant représente peut-être dans leur inconscient un « remède » contre l'âge, une façon de ne pas regarder en face la ménopause plus si lointaine ; ou bien parce qu'il a été conçu dans la difficulté – parfois en ayant recours aux techniques de procréation assistée –, il est souvent surinvesti, élevé dans un cocon, jamais contrarié ni limité. Or on sait bien que ce n'est pas là un contexte très favorable pour grandir sereinement.
Et puis, il y a l'avenir. Les parents tardifs seront peut-être un peu moins dynamiques pour soutenir leurs grands enfants à l'âge où ils aborderont leurs études, puis à celui de leur installation dans la vie d'adulte. Et ils ne profiteront peut-être pas très longtemps de leurs petits-enfants. Surtout si leurs enfants, eux aussi, optent pour la procréation tardive...
Et vous ? vous en pensez quoi ?
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